<titrephoto>création vidéo musicale </titrephoto> : <em>Calata ala Spagnola</em> (1508) de Dalza par Cyril Gilbert

création vidéo musicale : Calata ala Spagnola (1508) de Dalza par Cyril Gilbert

 

  

On considère que c’est en 1501, à Venise, que l’imprimerie musicale voit le jour avec un personnage du nom d’Ottaviano Petrucci qui s’établit dans la cité lacustre vers 1490. Comme quoi, si vous allez à Venise, imaginez-vous sur une gondole comme le précurseur de la musique imprimée, il y a plus de 500 ans !
Le procédé d’impression repose sur l’usage de caractères mobiles, comme pour les presses de Gutenberg que tout le monde connait, mais des caractères spécifiques à la musique. Pour mémoire aux Pays-Bas l’imprimerie musicale apparaît en 1515. En France, c’est en 1528 qu’un imprimeur libraire, Pierre Attaingnant, invente un procédé d’impression de la musique par caractères mobiles en une seule opération. Attaingnant publiera son premier livre de musique pour luth en 1529 (j’ai fait une petite vidéo sur une de ces pièces de 1529).
En Italie, donc, Petrucci publie entre autres les premiers livres imprimés de musique pour luth de l’histoire dès 1507. En 1508, c’est le début de la 4ème des guerres d’Italie. Les Vénitiens étaient particulièrement concernés par cet épisode 4. Et justement, en 1508 un recueil de quelques 42 pièces d’un certain Joan Ambrosio Dalza sort des presses de Petrucci à Venise : Intabolatura de lauto libro quarto. C’est sympa de voir l’histoire aussi sous l’angle de faits supers importants… pour les luthistes !
C’est par ce recueil qu’on connait Dalza. On suppose, d’après la préface, que Dalza était né, vivait ou exerçait à Milan. Dans ce recueil on trouve des danses, des ricercares, des tastar de corde, des intabulatura… Et puis on trouve des Calata ala spagnola, six en tout (il y aussi des calata tout court). Voici ci-dessous le facsimile de cette calata jouée ici :

La calata est une danse italienne des XVème et XVIème siècles, en mesure binaire (mais il faut se méfier des évidences), a priori rapide. Bon, on ne sait par trop d’où vient le mot et ce qu’il veut signifier pour la danse (il y a des conjectures plus ou moins étayées dans la littérature et sur le net). On trouve une trace de la calate en 1420 mais les principales sources de musique sont bien celles de Dalza.
La Calata ala spagnola identique une forte influence de l’Espagne et par voie de conséquence de la vihuela, le luth de facture propre à la péninsule ibérique, très présent dans la culture italienne au XVIème siècle. À ce propos, on trouve d’ailleurs une reproduction sculptée d’une vihuela « italienne » (et bien oui) à la Possonnière, demeure natale de notre poète national Ronsard, en France dans le Vendômois, assez loin de l’Italie. Et pourquoi donc ? Son père Louis, diplomate chevalier, avait pris part aux guerres d’Italie sous Louis XII et François 1er, notamment aux côtés de Bayard. Louis était admiratif de l’Italie et a rapporté le goût des beaux-arts chez lui ; d’où la vihuela (au côté d’une luth) dont on retrouve une trace dans la maison du petit Ronsard en culotte courte… C’est cool l’histoire, non !
Le répertoire proposé dans le recueil de 1508 de Dalza est intéressant dans la mesure où il ne s’agit pas que de transcriptions, adaptations ou transpositions d’arrangements de pièces vocales pour le luth, pratique courante à l’époque (même si le titre du recueil est Intabolatura… qui fait plutôt référence au fait qu’il s’agit bien de tablatures de/pour luth). Le recueil propose au contraire quasi exclusivement des pièces originales, d’où son intérêt.
La musique de Dalza dans ce recueil est relativement simple et facile ; c’est pourquoi je vous en propose un tout petit bout ici bien humblement ! (j’avais déjà fait un mp3 d’un ricercare en 2007 !) Bon, de grands luthistes en proposent aussi sur leurs CD, alors… Ceci dit, il est intéressant de noter comme conséquence de l’apparition de la musique imprimée, la diffusion d’oeuvres de « vulgarisation » : changement de public, d’usage, d’échelle, d’époque…
Je joue cette calata sur un petit luth 7 choeurs de Didier Jarny. Un 6 choeurs aurait été plus approprié mais je n’en ai pas. Je n’ai pas non plus de vihuela (avis aux généreux donateurs ;). Il aurait peut-être aussi fallut mettre la doublure à l’octave au 4ème choeur… (ça, c’est une remarque pour les luthistes ;))
La prochaine fois on fera un enregistrement à Venise ; même si l’acoustique de cette petite église à Saint Projet me plaît bien !

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